Le Président du monde de la nuit à la Réunion nous a quitté, le 24 mai 2005 des suites d'un accident de la route.
Quelques bribes de la vie du plus gentleman des collègues dont personne n'oubliera la bonhomie séduisante.

Jacques LORTHIOT est né le 7 décembre 1940 à Beauvais. Papa coiffeur, Maman employée de banque, une soeur Claudine, et un frère Jean-Pierre. Grand père d'Arthur et de Marie. Enfant terrible, de nombreux établissements scolaires l'ont vu passer.
1964, monte une auto-école à Bagnolet, qu'il transforme finalement en galerie de peinture pour les copains.
En1967, d'un premier mariage naît sa première fille Valérie.
Début 70, arrive en Normandie, ouvre un restaurant, la " GRIGNOTIERE ", près de Deauville. Dès l'année d'après, il dirige plusieurs boîtes de nuit sur la côte, où il se lie d'amitié avec de nombreux artistes.
Paulo rentre dans sa vie, et de leur passion naît Kareen en octobre 1977.
1979, ouverture du "Palace", dans le casino de Cabourg. 1981, il ouvre sa première boîte de nuit à lui, à Caen, le"Jackpot".
1984, il arrive à La Réunion pour y redresser la discothèque " le Circus ".
Jacques et Paulo se marient en août 1985, et ne quitteront plus la réunion.
1987, Jacques achète le"Foufou", le rebaptise " LE PRIVE " et en fait un rendez vous incontournable de la nuit à la Réunion.

En 1999 il vend son établissement, pour se livrer à ses passions de voyages dans l'océan Indien : Rodrigues, Seychelles, Maurice, Mayotte, Zanzibar (avec son pote Francis de la Bobine), le Kenya, l'Afrique du Sud.
Esthète (Florence était sa ville préférée), épicurien, passionné de voitures, amoureux de la mer et de la pêche, fan de Madagascar et des baleines, Jacquot a brûlé de l'énergie et sa vie sur toutes les routes, avec toujours la même joie de vivre.


Administrateur du syndicat de l'hôtellerie à La Réunion, depuis sa fondation. Il en a été l'un des moteurs infatigables depuis la CSIHR (Chambre syndicale de l'industrie hôtelière) en 1989 à l'actuelle UMIH La Réunion.
Jacques LORTHIOT, " Jacquot " pour tous, a marqué de son empreinte la profession des CHR à La Réunion, fidèle à son combat syndical pendant 20 ans, pour que les activités des bars, brasseries, discothèques et casinos soient respectées et considérées comme un monde d'entreprise respectueux des règles de l'art
.
L'UMIH La Réunion, son Président Philippe DOKI THONON, et tous les professionnels de l'île, lui rendent hommage et le remercient.

Pour les Iupiens (étudiants à l'IUP THTL) à qui il venait apporter son savoir de discothécaire, comme pour ses collègues enseignants de l'IUP tourisme hôtellerie de la Réunion, Jacques LORTHIOT restera dans les mémoires comme celui qui transmet en toute décontraction ce qu'il sait, généreusement et avec humour.
Jacquot, était un fan des baleines qu'il avait découvert en pleine eau à Madagascar. Il voyait en elles l'esprit de la liberté.
L'au revoir de ses filles : AIMER JACQUES LORTHIOT
Aimer Jacques LORTHIOT c'est boire un coup en se disant que le suivant sera encore meilleur.

Aimer Jacques LORTHIOT c'est aller au moins une fois à Mada et revenir les yeux plein d'étoiles.

C'est aller voir une expo de peinture et acheter le fonds de la boutique après.

C'est se laisser guider dans Paris en écoutant ses anecdotes surréalistes à chaque carrefour.

Aimer Jacques LORTHIOT c'est le voir hurler devant la télé pendant le Tour de France et cesser de lutter : oui, le cyclisme est un sport formidable, Papa.

Aimer Jacques LORTHIOT c'est renoncer une bonne fois pour toutes à vouloir l'appeler sur le portable qu'il a déjà perdu.

C'est le voir comme un gamin devant la vitrine de Weston.et ressortir avec 2 paires à 12000 parce qu'il est bien un grand garçon capricieux.

C'est forcément perdre au Trivial Pursuit parce que lui, il sait comment s'appelle la tribu au fond à gauche en Amazonie.

Aimer Jacques LORTHIOT c'est lui ramener l'Equipe et Libé tous les jours à vélo, puis en scoot, puis en voiture.

C'est voir mes petits copains se faire virer de la maison. Puis voir mes petits copains devenir des types géniaux.parce que ce sont mes ex.

Aimer Jacques LORTHIOT c'est voir ce gros dur acheter une cravate Teddy Bear pour marier sa sour en Angleterre. Ou apprendre qu'il a pleuré à mon gala de danse en 89.

L'aimer c'est avoir une infinie tendresse pour le genre humain dans son incroyable diversité. Respecter à la fois l'errance de Maximilien le St Gillois, la caravane de Tonton le pirate et le palace de l'homme d'affaires.

Aimer Jacques LORTHIOT c'est un certain nombre de grands moments de solitude. Au sens propre, quand il oubliait de venir me chercher au collège. Au sens figuré quand il passait me prendre. En Daimler sans pare brise.

Aimer Jacques LORTHIOT c'est parfois souhaiter qu'il soit un chouïa plus comme tout le monde, et puis finalement surtout pas.

C'est se faire appeler " mon bébé " ou mieux, " p'tit boudin ", à 30 ou 40 ans.

C'est accepter ses silences, ses colères foudroyantes moyennement justifiées.

C'est l'aimer hors norme, sans trop se poser de questions puisqu'elles sont si nombreuses.

Aimer Jacques LORTHIOT c'est le détester 100 fois et lui pardonner toujours.

C'est à la fois s'inquiéter et se réjouir d'être sa fille, en être secrètement très fière.

C'est savoir discerner le petit pli mutin au coin de son oil vert qui fait bondir le cour car il nous dit sa connivence.

Aimer Jacques LORTHIOT c'est le croire indestructible mais quand même craindre pour sa vie à chaque tournant.et finir par avoir raison.

J'ai lu à la maison que " les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu ".

Ça, c'était Papa.
L'au revoir d'un poteau : L'OEIL DE LA BALEINE
Rond, noir, profond, mais vrai
Le spleen n'a pas d'idéal
J'ai lu au coin de cet oil pale
Sur son beau visage penché
La trame d'une douceur filigranée
Qui effacera la douleur de bon gré

Perdue dans cet océan de connus
Une phrase musicale de Sergueï
Psalmodiait le regret de l'éveil
En raison d'un départ précipité.
Pourquoi si vite bel animal buté
Sempiternel buveur d'abus

N'as-tu pas entendu au bon moment
Monter cet ascenseur vers l'échafaud ?
Né d'un temps à vivre dans l'instant
Les sirènes en te jouant le blues d'en haut
Cachaient dans leur maudite beauté
Un piège qui t'a séduit pour l'éternité

Pendant que le grand bleu égrène ses vérités
Des parcelles de tous attendent leur du
Ballottant leurs attentes au creux des vagues
Des anciens devoirs remontent du passé
Personne depuis longtemps ne navigue plus
Que sous les eaux pour en parler la langue

Le baleineau suit le sillage de sa mère
L'enfant mère au translucide regard
T'a reconnu dans votre enfant si pareille
Ton absence lui fera sentir sa force
De venir semer dans cette mer douce
La poussière résiduelle de ta gangue

Au nom des siens pour rejoindre ta passion
L'amuseur amusé aura son lit turquoise
L'Engagé qui ne donnait pas de leçons
Sera vraiment lui même dans cette mélopée
Une larme de lumière capturée d'aise
Dans l'oil tendrement fixé sur son odyssée.

Pasqual