Une étape charnière sur le chemin de la liberté.

La Constitution de l'An III (25 août 1795) érige les vieilles colonies, la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion en départements. Le décret du 4 février 1794 abolissant l'esclavage l'avait précédée. C'en est trop pour la bonne société réunionnaise esclavagiste.

Départementalisation et abolition de l'esclavage sont liés. "La Réunion fait partie de la République une et indivisible, mais en raison de sa localité, la Réunion est régie par des institutions particulières sous la dépendance et la protection de la France". Léon de Lepervanche.

Depuis cette époque, dans l'imaginaire collectif réunionnais, départementalisation et liberté sont associés. Ainsi, en 1848 Sarda Garriga proclamant l'abolition de l'esclavage à la Réunion déclare : "Quand cette terre si éminemment française ne portera plus d'esclaves, elle formera, j'en ai l'assurance, dans la grande unité française, un département d'Outre-mer gouverné par les lois générales de la Métropole".

Départementalisation et assimilation

Pour être un citoyen français, il faut avoir assimilé la culture française dans ses formes extérieures d'expression. On aurait pu s'attendre à des populations d'origines africaines, chinoise, indienne, éloignée de la culture française et européenne, a un refus de l'assimilation culturelle. Il n'en a rien été. Au contraire, ces populations dans leur écrasante majorité l'ont revendiqué et défendue avec passion, avec excès parfois.

Encore de nos jours, la force de l'assimilation culturelle, dans la conscience collective des réunionnais, trouve une partie de son explication dans cet espèce de troc des cultures contre la liberté et l'égalité citoyennes comme en "Métropole".

Le long combat des réunionnais de gauche.

Depuis Sarda Garriga, un long combat de la gauche réunionnaise pour la départementalisation a été mené de générations en générations.

En 1912, Paul Hermann déclare : "La Réunion n'est pas un département français, mais elle a tout ce qu'il faut pour le devenir". Les forces progressistes locales sont traditionnellement départementalistes, et les forces conservatrices plus ou moins régionalistes. En 1936, le mouvement du front populaire descend dans la rue en cortèges et banderoles ; Syndicats et partis de gauche organisent la revendication.

La pression internationale

C'est après la Seconde Guerre Mondiale que Paris s'engage concrètement dans la départementalisation ; Evolution influencée par le mouvement d'opinion locale ; mais surtout par le contexte international. Les deux "super-grands" encouragent les mouvements pour la décolonisation. Le comité précisément institué au sein de l'O.N.U. aura pour mission de pousser les puissances coloniales à organiser l'indépendance, l'autonomie des territoires placés sous leur administration.

La loi de départementalisation

La loi n°46-451 du 19 mars 1946 érige en trois articles, les quatres vieilles colonies en départements. Ce que la départementalisation apportera aux réunionnais en argent, en équipements, en dispositifs divers, en confort, dépassera les rêves les plus insensés de ses promoteurs et de ses défenseurs.

Mais elle a tout de même apporté autre chose : la santé et l'instruction, l'ouverture sur le monde et la formation, les moyens de communiquer avec le reste du monde, d'accueillir et de recevoir des gens venant de la planète entière. Cette dimension universelle, quotidienne ne sera pas sans effets sur les mentalités. Les Réunionnais qui grandissent construiront une Réunion qui assurera la responsabilité de son destin.

Une transformation des hommes.

Au temps de Sarda Garriga, la départementalisation fumeuse, utopique, c'était la liberté, la fin de l'esclavage. Au temps du Front populaire, elle a représenté l'égalité sociale avec la Métropole, la libération des misères coloniales. Après la loi de 1946, à compter des années 60, elle a été, le rêve dépassé, une réalité inimaginée.

Quel avenir ? L'étape historique suivante, celle de la responsabilité réunionnaise effective et exercée peut être franchie. Quant à l'institution départementale, elle est, semble-t-il, appelée à disparaître en France ; puisque les institutions sont mortelles comme les nations et les civilisations. Qu'importe ! La départementalisation aura ici rempli sa mission, elle aura servi l'homme réunionnais en lui apportant les moyens de sa libération et les moyens de sa liberté responsable.

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