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Culture L’intraitable beauté de nos vies sauvages

 

L’intraitable beauté de nos vies sauvages

Du 1er Mars 2020 au au 16 Août 2020
Fonds régional d’art contemporain - Piton St Leu

Tarif : Gratuit

 

Photographies de Stéphanie Brossard


Stéphanie Brossard investit la Maison du Frac de La Réunion avec un projet spécifiquement créé pour son île natale.

Intitulé L’intraitable beauté de nos vies sauvages, il constitue le récit à la fois réel et fantasmé d’une vie faite d’aller-retours entre le territoire insulaire des origines, son histoire et un continent européen pensé, non pas comme le passage obligé de l’épanouissement, mais comme une caisse de résonance des questionnements sur une/des identité(s) multiple(s), hybride(s) et mutante(s).

Ce n’est en effet qu’une fois éloignée de son île natale que l’artiste se replonge dans les souvenirs d’une enfance où la mémoire des sensations, des relations avec les êtres et les éléments de la nature, s’inscrit dans une confrontation sensible avec les perturbations naturelles qui rythment le quotidien des insulaires. Cyclones, éruptions et séismes constituent la clef de voûte d’une identité qui se construit au grès du chaos annoncé et des gestes répétés par les parents pour que la vie poursuive son cours. Une mère qui remplit inlassablement la baignoire pour y stocker l’eau potable, un père qui étudie la construction de la maison familiale afin que celle-ci résiste dans la catastrophe ; autant de manières de faire face qui se déploient à travers le monde des îles et des zones soumises aux risques naturels et que rappellent les pages — de l’autre côté du monde, en bordure de l’océan Atlantique — du célèbre Bois sauvage de Jesmyn Ward.

Dans les salles du FRAC pensées comme les pièces de la maison qu’il fut à l’origine, se construit un parcours où se mêlent l’intime et l’universel : la terre s’effondre d’une table d’hôtes au grès de l’activité sismique du monde, une baignoire se remplit à l’annonce des cyclones à venir, des pierres volcaniques envahissent le sol sur des planches mouvantes pour exposer le rapport de l’artiste ­— le nôtre — à l’espace et au temps dans des territoires naturels et fragiles où la beauté est aussi intraitable que la violence des éléments.

Autour, se déploient autant de photographies-paysages provenant de La Réunion, d’Afrique du Sud, de la Louisiane, des Alpes, de Paris ou d’Avignon, qui racontent l’exotisme, beau, séduisant, suspect, violent. Les animaux sauvages, les cascades, jungles et forêts, les paysages urbains post-industriels, jouxtent des installations faites de vêtements de pierres, de bijoux mimant les chaînes des esclaves ou de flacons de verre enfermant la vie des océans comme les parfums des maisons de luxe. Ils racontent la tension latente dans la relation qu’entretient l’individu avec un territoire créole auquel il se confronte. Ils rappellent l’agression première, l’acculturation forcée, la violence du déracinement. Mais dans un geste poétique fait d’appropriations savantes et de détournements sauvages, Stéphanie Brossard impose la déconstruction des récits communs, la créolisation des formes et des pensées, seule manière d’inventer l’identité et la culture à venir.

Telle est l’errance violente du poème[1].

Stéphane Ibars

[1] Édouard Glissant, "Introduction à une poétique du divers", Gallimard, 1996, p. 71



Source : Azenda.re - L’intraitable beauté de nos vies sauvages + d'info



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